La fracture numérique linguistique

La fracture numérique linguistique

La revue canadienne francophone Minorités linguistiques et société publie dans son Numéro 23, 2024, consacré au « numérique et les communautés linguistiques en milieu minoritaire : rôles, impacts et enjeux », un article ouvert de Virginie Hébert et Maria Bodron intitulé « La fracture numérique linguistique : analyse de cadrage des écrits sur les inégalités de langues dans l’environnement numérique ». Lien : https://doi.org/10.7202/1124262ar

Cet article est intéressant à plus d’un titre :

  • A notre connaissance, c’est la première fois qu’un travail systématique de recherche, compilation et analyse a été réalisé à l’intersection des thèmes de fracture numérique et diversité linguistique. La vision dominante de la fracture numérique, totalement technologique et obsédée par l’accès, a historiquement écrasé des thèmes pourtant fondamentaux comme la littératie numérique et la diversité linguistique.
  • Les autrices ont croisé, pour leur recherche systématique, trois éléments, comprenant chacun environ une dizaine de termes, synonymes de fracture, ou de numérique ou de linguistique et ont orienté leur recherche de sources autant sur la littérature académique que sur la littérature grise (ce qui nous parait très judicieux pour un thème où la société civile a été très présente sur le terrain de la recherche-action, et souvent en avance sur le monde académique). Elles ont systématisé leur recherche, visant la période 1995-2024, à partir des bases de Érudit, CAIRN, ERIC, HAL, Scopus et Google Scholar, puis complété par des recherches manuelles dans des organisations internationales compétentes sur ces thèmes (comme par exemple l’UNESCO) puis ont utilisé les bibliographies des sources identifiées pour étendre de manière systématique la quantité de sources à analyser.
  • La démarche méthodologique a été suivie par une méthode dite de cadrage, qui poursuit donc une autre forme de systématisation, axée cette fois sur le traitement des contenus.
  • Dernier point, mais pas le moindre, le fruit d’un tel effort de travail sur l’ensemble des concepts sous-jacent à la « fracture numérique linguistique » aurait pu devenir peu appétissant, indigeste, ou même incomestible : rien de tout cela ! Le résultat est très agréable à lire, en plus d’enrichissant, en mettant en lien dialoguant des sources qui pourraient s’ignorer mutuellement, les passerelles entre littérature grise et académique étant rares.

En quelques mots, il s’agit donc d’un ouvrage de référence.

Il s’agit d’un sujet que l’IA vient percuter violemment, ce qui devrait encourager les autrices à une mise à jour dans quelques années, ou plus rapidement, en l’orientant vers les impacts de l’IA sur le sujet.